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L'ART ROMANTIQUE POLONAIS

L'identité de l'art romantique polonais est admirablement décrite dans les essais sur l'art de Jan Topass, écrits vers 1928.
Cette page en reprend quelques extraits :                       




































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Courant esthétique qui intronise, autant que partout ailleurs, "la réalité selon l'art", et qui professe le médiévisme, avec conviction et amour, le Romantisme en Pologne n'est pas que cela, bien certainement. là-bas, outre cet état général, cette extériorité et cette contennance, il a sa qualité propre, sa couleur, son poids spécifique. Il est le cri spontanné, le chant d'espoir et de désespoir d'un peuple en péril, tout en constituant la formule, la phraséologie, la phonétique la plus adéquate de sa sensibilité naturelle et constante. Il s'empourpre de la tragédie réelle que le pays a vécue, s'irise de pleurs nostalgiques et s'épanouit non pas comme un usage passager, mais comme une vérité attendue. Le Romantisme polonais représente, surtout et avant toute chose, l'exaltation du sentiment national - fier du passé, attentif à la beauté ambiante, la cherchant sans cesse, vivante ou morte. Ce romantisme cordial, inné, "congénital", ne tardera pas à résonner dans la musique de Chopin, tantôt vive et tantôt langoureuse, pleine de passion et de tendresse, douce comme un clair de lune et pathétique comme un tocsin d'alarme. Le romanttisme polonais, si féru de gothicisme qu'il fût et si proche de celui-ci mystiquement, négligea pourtant la sculpture, trop froide, sans doute, à son gré. Il la négligea au profit de la peinture qui, du reste, demeura en prépondérance sur les autres modes de l'expression plastique, fort avant encore.

Et la peinture prend deux directions qui s'entremêlent et s'entraident. parmi les artistes, les uns s'adonnent à la représentation de la nature ambiante avec ses traits effacés et son atmosphère particulière, souriante ou mélancolique, et avec les êtres et ses choses de tous les jours. Les autres, dans les tableaux d'histoire, tendent leur effort vers l'évocation du souvenir, de ses défuntes splendeurs, de ses gloires éteintes. Théophile Kwiatkowski ( 1809 - 1898), esprit fantasque, nébuleux, musical plutôt que plastique, qui crée, dans la tonalité sentimentale des nocturnes et des ballades de Chopin, des images nostalgiques, mystérieuses, emmantelées de pénombre - comme ce bizarre "bal à l'hôtel lambert", où dans un jour verdâtre, tamisé dirat-on par l'onde, jour de fonds marins, se groupent prostrées., ternes, lunaires, somnabulkes, des figures qui ont l'air de n'être plus de ce monde.

La lutte pour l'indépendance, avec ses rêves et ses misères, le souvenir de la grandeur perdue, lié à l'idée de l'expiation, trouvèrent dans la poésie et dans la musique des hymnes, un miroir merveilleux où se reflètent, en beauté, l'orgeuil d'avoir été, le désespoir de ne plus être, la certitude de demeurer quand même. Aussi, à l'encontre des autres, français, anglais, allemand, le Romantisme polonais, bien moins lyrique qu'épique, plutôt social qu'individuel, résonne de chants de douleurs, de cris de révoltes, de supplications élevées vers l'Eternel, d'imprécations lancées aux spoliateurs, de défis jetés au sort inclément, au nom de la collectivité en détresse. Il parfume toute l'oeuvre de Chopin et parle par la bouche de la sublime trinité de poètes ( Mickiewicz, Slowacki, Krasinski ) un langage d'airain et d'or, diamantin et diapré. L'art plastique vint à son tour, pour compléter, pour illsutrer cet élan spirituel - depuis le gothique le plus puissant qui ait jailli des âmes slaves et qui continue, même à présent, à évoluer en elles.

Les lettres et les arts se mirent en Pologne au service de l'idée nationale, tout comme autrefois, à la dévotion de l'idée religieuse. Et cet utilitarisme imposé à la Beauté, utilitarisme qui entre pour beaucoup dans la constitution de l'idéologie romantique de là-bas, persistera, malgré les ans et les changements d'orientation, caché tant bien que mal à la période réaliste, mais aussi tyrannique après - quand, rajeuni par le préfixe néo, va renaître de ses cendres le Romantisme sempiternel. La peinture polonaise, notamment, conservera longtemps cette tendance, ayant pour mission, au détriment parfois de son sens initial et de sa valeur intrinsèque, d'exprimer les cruels mécomptes  et les ardentes volontés, les croyances et les fiertés indéfectibles de la nation - déchue de son pouvoir, mais non pas découronnée de sa dignité. Adjuvant de l'art du verbe, l'art de figurer deviendra, en quelque sorte, une arme défensive contre l'oubli des uns, contre le découragement des autres. Nombreux seront désormais les artistes qui se feront ainsi professeurs de l'énergie nationale, veilleurs et réveilleurs, bardes et guides.









gerson

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matejko

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